lundi 6 février 2017

PROCHAINS RENDEZ-VOUS LITTERAIRES : Mes salons du LIVRE 2018


- à BARJOLS (83670) Salle des Fêtes, place Capitaine Vincens
          Dimanche 4 MARS

- au ROURET (06)
          Samedi 17 MARS

-  Au LUC (83) Centre LECLERC,
          Vendredi 6 et Samedi 7 AVRIL

- à SPERACEDES (06)
          Mardi 1er MAI

- à GONFARON (83)
          Dimanche 20 MAI

LES DOUZE ELUS DE ZEUS - Livre III : GEMINI, les Dioscures (EDITIONS PHENIX D'AZUR, août 2016)



De 521 à 436 avant J-C. à Babylone, en Grèce et à Madagascar. Début du XVIème siècle à Madagascar, à Hispaniola, à Cuba et à Mexico-Tenochtitlan.      
Tandis que Darius, puis son fils Xerxès sont vaincus par les Grecs lors des Guerres Médiques, le premier à Marathon, le second à Salamine puis à Platées, la vie de Castor et Pollux est bouleversée par la révélation d’un terrible secret. C’est alors que les événements semblent se précipiter jusqu’au drame final. Un tremblement de terre en Laconie, doublé d’un soulèvement des Messéniens contre le joug de Sparte, déclenchent la Troisième Guerre de Messénie. Au moment où tout paraît perdu, Pollux, refusant d’accepter l’inéluctable, en appelle à Zeus dont l’intervention divine propulsera nos deux héros en 1500, à l’époque des grands voyages de découvertes, d’abord sur l’île de Madagascar, puis sur l’île de Cuba, à Hispaniola et enfin à Mexico-Tenochtitlan, où, dans la mouvance de Cortes et de Moctezuma, va se jouer l’immortalité de Castor et Pollux.

vendredi 11 septembre 2015

Et pour vous mettre l'eau à la bouche...

LA QUATRIEME DE COUVERTURE DE  GEMINI 



Les Douze Élus de Zeus, série antique romancée en douze volumes, promène le lecteur dans le temps et l’espace, du monde des dieux au monde des hommes, de la Grèce classique à la Grèce mycénienne, de l’empire hittite à l’empire égyptien, de Marathon à Babylone, de Madagascar au Yucatan, de l’Olympe grec au Xibalba maya et au Mictlan aztèque… À travers des époques, des civilisations, des cultures, des lieux différents, la légende côtoie l’Histoire, faisant émerger du passé les racines mêmes de nos sociétés modernes.
GEMINI, c’est un périple à travers la dualité : deux époques, deux univers distincts mais indissolublement liés, comme les jumeaux réincarnés que Zeus, pour exaucer le vœu de Pollux, ressuscita dans une double constellation dont chaque moitié brille à tour de rôle dans le ciel.

Livre 3 : GEMINI – Les Dioscures.
De 521 à 436 avant J-C. à Babylone, en Grèce et à Madagascar. 
Début du XVIème siècle à Madagascar, à Hispaniola, à Cuba et à Mexico-Tenochtitlan.
Tandis que Darius, puis son fils Xerxès sont vaincus par les Grecs lors des Guerres Médiques, le premier à Marathon, le second à Salamine puis à Platées, la vie de Castor et Pollux est bouleversée par la révélation d’un terrible secret. C’est alors que les événements semblent se précipiter jusqu’au drame final. Un tremblement de terre en Laconie, doublé d’un soulèvement des Messéniens contre le joug de Sparte, déclenchent la Troisième Guerre de Messénie. Au moment où tout paraît perdu, Pollux, refusant d’accepter l’inéluctable, en appelle à Zeus dont l’intervention divine propulsera nos deux héros en 1500, à l’époque des grands voyages de découvertes, d’abord sur l’île de Madagascar, puis sur l’île de Cuba, à Hispaniola et enfin à Mexico-Tenochtitlan, où va se jouer l’immortalité de Castor et Pollux.

Un aperçu du chapitre 14 de GEMINI ?



CHAPITRE 14

CAGUAX

Novembre 1519

Allongé sur sa natte, Caguax guette l’aurore.
Ses yeux noyés dans l’obscurité de la pièce fixent un point sur le mur, à l’endroit où il sait que s’ouvre la fenêtre. Sur cet océan d’encre se dessine bientôt une ombre de grisaille. D’abord informe et sombre, le timide halo, délavant doucement la noirceur de la nuit, diffuse sa lueur par touches progressives. Lascif, il s’alanguit dans sa pâleur de spectre qui croît et s’accentue lentement, par paliers, comme une courtisane tardant à dévoiler entièrement ses charmes.
Caguax non plus n’est pas pressé que le jour vienne. Dans ce doux clair-obscur entre chien et loup, il se contente d’attendre patiemment le moment où se découpera sur la sombre paroi le carré de clarté par lequel Héméra[1] pénétrera à flots dans la pièce, chassant toute trace de Nyx[2]. Aussi savoure-t-il cet état de demi-sommeil où il s’enlise avec volupté. Caguax songe… Est-ce un rêve ? Ou des réminiscences d’une vie antérieure où il était un autre,… où il était un dieu,… où il était Pollux ?…
S’abandonnant à ce magma d’images fugitives, il laisse son esprit vagabonder dans un double univers où s’entremêlent les souvenirs de deux mondes que lui seul est capable de percevoir. Dès l’instant où Apollon a greffé le fil de vie de Castor sur le sien, Pollux a assumé les conséquences de son choix. C’était le seul moyen de délivrer de l’Hadès son jumeau de cœur, afin de lui offrir sa part d’éternité.
Et dès l’instant où il a poussé son premier cri, Caguax a su qui il était, ce qui l’attendait, et pourquoi il se trouvait là, incarcéré dans cette enveloppe mortelle, dans un ailleurs où il lui faudrait mener jusqu’à son terme la vie terrestre d’un humain, tout en ayant conscience de sa dualité.
Car en lui cohabitent la nature immortelle de Pollux, et l’essence humaine de Castor.
Dans cette dimension où Zeus l’a propulsé, Caguax n’est qu’un esclave destiné à mourir pour que Castor renaisse dans l’univers des dieux. En endossant le sort d’un mortel ordinaire, Pollux a accepté que repose sur lui leur destin à tous deux.
Son chemin est tracé. Il ira jusqu’au bout.
Il se souvient de tout ce qui a précédé sa réincarnation, des aventures des Dioscures à la mort de Castor. Il se rappelle son désespoir, ses prières, et son obstination à arracher à Zeus la promesse de redonner vie à celui qu’il aimait plus qu’un frère…
Il se souvient que Zeus le glissa dans le ventre d’une femme déjà enceinte d’un garçon, car il fallait créer les mêmes conditions d’une gémellité où l’un était immortel et l’autre mortel.
Il se souvient de leur naissance sur une île inconnue, et du père de ce garçon qui, pour les sauver de la mort, enleva les jumeaux nouveau-nés et les confia aux Tanalas. Ils se nommaient alors Joro[3] et Hasina[4]. C’est la femme du chef, prénommée Apito, qui les prit sous son aile.
Il se souvient des Portugais qui massacrèrent leur tribu d’adoption, et réduisirent en esclavage les survivants, hommes, femmes et enfants. Il se souvient qu’à l’âge de deux ans, ils furent vendus, eux et leur deuxième mère, à un marin espagnol, un certain Juan de la Cosa, venu à Lisbonne sur ordre de la Reine Isabelle, afin de demander des comptes au roi Manuel au sujet d’incursions portugaises sur un territoire espagnol récemment découvert.
Il se souvient de la traversée en bateau, des hommes enchaînés, la plupart africains, entassés comme du bétail à fond de cale, prisonniers de ce cul-de-basse-fosse qui empestait la pisse et la mort.
Il se souvient de ce sentiment de délivrance qui reflua en lui lorsqu’il débarqua à Hispaniola, clignant des yeux sous la lumière crue du jour qu’il n’avait pas revue depuis trois mois.
Il se souvient des coups, des gémissements et des cris qui montaient de la cargaison humaine pendant que les colons se la répartissaient.
Il se souvient du regard bienveillant de l’homme qui les emmena. Il s’appelait Bartolomeo de Las Casas. C’était un homme bon qui traitait ses esclaves avec humanité, interdisant tous les châtiments corporels, ce qui n’était pas le cas des autres colons. C’est lui qui les nomma Caguax et Cacimar.
Il se souvient de Jayuya, serviteur et ami d’enfance de Las Casas, qui tomba amoureux d’Apito.
Il se souvient d’avoir grandi dans les cuisines où travaillait leur mère, au milieu des chaudrons fleurant bon les épices et la viande rôtie.
Il se souvient de son dixième anniversaire, quand leur maître abandonna son encomienda à son ami le gouverneur Diogo Colomb, pour se mettre au service d’une divinité qu’il appelait Notre Seigneur, ou Jésus-Christ, le fils d’un dieu unique nommé simplement Dieu, et qui ordonnait de protéger les Indiens.
Il se souvient aussi que depuis ce jour-là, les conditions de vie des esclaves s’étaient encore détériorées. Non que le gouverneur approuvât l’attitude de plus en plus violente des colons radicaux. Mais pris par son combat pour la restitution des titres et privilèges de son père, il peinait à imposer un point de vue plus tolérant à des gens convaincus d’être dans leur bon droit lorsqu’ils éradiquaient des Indiens sanguinaires qui offraient à leurs dieux des sacrifices humains. Extirper par le sang ces croyances impies, c’était là leur credo, et celui du dirigeant de l’encomienda à qui Colomb avait délégué sa gestion, et qui, aveugle et sourd aux arguments de Las Casas, s’obstinait à l’appliquer à la lettre.


[1] Héméra : la Lumière du Jour.
[2] Nyx : la Nuit.
[3] Joro : l’inébranlable.
[4] Hasina : sacré.

jeudi 23 juillet 2015

Un Carré Littéraire chaque mardi à Sanary

OUEST-VAR.info, article du mardi 21 juillet 2015
Chaque mardi entre le 21 juillet et le 11 août, les écrivains régionaux seront à l'honneur à Sanary devant le parvis de l'hôtel de ville à l'initiative de la commune et de l'association Passions d'Auteurs. L'esprit est de promouvoir les auteurs régionaux, montrer les talents locaux, et permettre des rencontres1Carrel: "L’ objectif est de faire découvrir la richesse et la variété des écrivains, qu’ils soient en auto-édition ou qu’ils aient été édités par des distributeurs régionaux ou nationaux de grande diffusion" explique Jo Dechiffre, le président de l'association: Poésie, romans d’amour, polars, aventures historiques, sagas familiales, nouvelles, histoires de Provence ou contes, tous les genres littéraires sont représentés. C'était la grande première mardi soir, et le Carré a rassemblé trente auteurs. Le public n'a pas manqué de faire le tour de ce carré littéraire. Loin d'un salon du livre, il y a l'envie de partage et d'échanges, car tous sont des passionnés, beaucoup ont pris sur leurs deniers pour s'auto-éditer, bref il y a une forme d'artisanat dans la démarche, et la qualité est en plus au rendez-vous. Parmi les écrivains de l'association citons René Le Gal, Serge Malcor, Liliane Cesari, Lucie et Lucien Annot, Martine Pilate, Jo Dechiffre... Beaucoup d'auteurs à découvrir, à ne pas manquer, c'est chaque mardi de 20h à 1h.


lundi 29 juin 2015

CHAPITRE 13 de GEMINI



CHAPITRE 13

CHOLLOLAN


Yucatan, 1519

Cortes dut faire escale sur l’île de la Trinité pour compléter les stocks de provisions que son départ précipité ne lui avait pas permis de charger.
Enfin, mi-février, la flotte débarqua à Cozumel. Cortes y resta trois semaines.
Une rumeur courait alors parmi les Indiens qui y accostaient avec leurs femmes venues là prier Ix Chel, une rumeur selon laquelle deux Blancs vivaient à Chakan Putun. Quand le bruit parvint aux oreilles de Cortes, il fit mettre le cap sur la baie dite de la « mauvaise bataille », où Grijalva avait finalement vaincu, et y mouilla le temps que ses émissaires obtiennent confirmation de la présence de ces deux hommes, et, le cas échéant, les ramènent.
La rumeur était vraie : deux Espagnols vivaient effectivement avec la tribu. Partie d’Hispaniola huit ans auparavant, leur nef avait sombré. Seuls rescapés de ce naufrage, les deux hommes s’étaient échoués sur la côte orientale du Yucatan. L’un, marié à une Maya, se considérait comme un Indien à part entière et avait rejeté catégoriquement toute idée de retour, ayant renié jusqu’à son nom de baptême. Mais l’autre, Jeronimo de Aguilar, un diacre espagnol esclave du chef Moch Couoh, n’aspirait qu’à recouvrer sa liberté. Aussi se montra-t-il prolixe envers les émissaires, leur révélant comment, séparé de Gonzalo Guerrero au cours du naufrage, il avait erré pendant des mois avant qu’il ne soit recueilli par la tribu, où il avait eu la surprise de revoir son comparse marié avec une Indienne.
La rançon exigée pour la libération de Jeronimo de Aguilar consistait en babioles d’un coût vraiment insignifiant en regard de cet homme qui connaissait sur le bout des doigts le terrain, les mœurs et le langage des Mayas yucatèques.
L’échange fut conclu, et de Aguilar embarqué avec la flotte pour l’étape suivante.
Mi-mars, les conquistadors parvenaient en vue du Rio Grijalva.
Fort de l’expérience de son prédécesseur, envers qui les Chontals s’étaient montrés accueillants, Cortes remonta le cours du fleuve jusqu’à Tabasco, où il avait prévu de se réapprovisionner en eau et en denrées.
Mais contre toute attente, les Mayas attaquèrent. Il s’en fallut de peu qu’ils ne fussent vainqueurs ! Les chevaux espagnols firent la différence à Centla, où Cortes, ayant pris l’avantage, jugea qu’il était temps de parlementer, et chargea de Aguilar de proposer la paix.
Pour sceller le contrat, les chefs mayas chontals offrirent aux vainqueurs, outre des vivres, des bijoux et des tissus, vingt femmes dont une ancienne esclave espagnole flanquée de ses deux fils, deux garçons vigoureux âgés d’une vingtaine d’années, tous trois parlant l’espagnol et le natuatl des Mexicas.
Cette prise de choix intrigua fort Cortes. Amenée devant lui, la femme raconta l’histoire de sa vie.
Née au-delà des mers, là-bas, vers le levant, elle avait été arrachée à sa Grande Île par un navigateur portugais qui l’avait vendue aux Espagnols avec ses deux enfants. C’est ainsi qu’elle avait débarqué à Hispaniola, chez un colon appelé Las Casas, qui l’avait baptisée Apito et l’avait mariée à son serviteur Jayuya, originaire de l’île.
Ce maître les avait traités humainement. Ardent défenseur de la cause des Indiens, il avait pris la robe et, ayant renoncé à son encomienda, quitté Hispaniola, n’emmenant avec lui que son fidèle Jayuya et sa famille pour se rendre à Cuba, afin de convertir en douceur les natifs. C’est là que Las Casas assista, impuissant, au massacre des Indiens de Caonao. Ulcéré par de telles horreurs, il décida de rentrer en Espagne afin de dénoncer ces pratiques inhumaines. Pour la première fois, Jayuya exprimant son besoin de trouver ses ancêtres, fut autorisé par Las Casas à partir avec la flotte de Cordoba.
Il revint en héros, après qu’il eut sauvé la vie du commandant au cours d’une échauffourée. Pour le remercier, Cordoba obtint que son maître l’affranchît, ainsi que sa famille.
Ainsi avaient-ils tous quitté Cuba l’année dernière, avec l’expédition de Juan de Grijalva.

mercredi 8 avril 2015

INEDIT : EXTRAIT DE GEMINI, LES DIOSCURES, bientôt disponible !



CHAPITRE 1

CAMBYSE

521 avant J.C.

Il a quitté Saïs[1] aussitôt qu’il a su. Il lui fallait retourner à Pasargades[2] le plus vite possible. Devançant la longue caravane de chars, d’hommes et femmes à cheval et à pied qui le suivent dans ses déplacements, Cambyse[3] s’est hâté d’enfourcher sa monture et, fonçant vers le nord avec ses cavaliers, il a traversé la Syrie jusqu’à l’Euphrate. C’est là que son cheval épuisé a bronché, le projetant au sol tandis que son baudrier restait accroché au pommeau de sa selle, retenant le fourreau orné de cabochons en diamants et rubis de son akinakès[4].
Voilà comment la lame dénudée est venue se ficher dans sa cuisse.
Il a fallu dresser le camp en catastrophe. Les ouvriers chargés de la tâche s’en sont acquittés aussitôt. Ayant d’abord choisi un terrain dégagé en bordure du fleuve, ils l’ont soigneusement aplani avant de monter en son milieu la tente de Cambyse, véritable palais de toile autour duquel ont été érigées celles de sa noblesse. Enfin, à la périphérie du campement s’est établi le cantonnement de la troupe.
- La blessure est profonde, Grand Roi, l’a mis en garde Udjahorresnet[5], son médecin égyptien. Il te faut du repos.
- Contente-toi de me soigner, a rétorqué le souverain d’un ton sans réplique. Le reste ne regarde que moi.
Et dès le lendemain, contre toute prudence, il a franchi le fleuve une première fois et bifurqué vers l’est. Puis, la seconde fois, aux abords d’Arbelès, il a piqué au sud pour emprunter la route qui mène à Babylone où il décide enfin de faire un court séjour, officiellement pour mettre au point une stratégie avec Gubru[6], l’actuel gouverneur… Mais la vérité, c’est qu’il est à bout de forces. Malgré les soins constants prodigués par son fidèle Udjahorresnet, sa blessure ne veut pas guérir et suppure, exsudant un liquide violet, nauséabond, qui répand son poison à l’intérieur de lui comme une bête immonde en décomposition. Une enflure noirâtre a envahi sa jambe et il ne parvient plus à lacer sa bottine. Devenu raide et froid, le membre désormais insensible au toucher ne lui obéit plus.
Taraudé par la fièvre, le roi peine de plus en plus à supporter la douleur lancinante qui ne le quitte plus. Son esprit presque en transe flotte au bord du délire. Aussi se précipite-t-il vers Babylone comme un affamé vers une miche de pain.
Babylone… Cambyse y avait été Roi[i] l’an I du Grand Cyrus[ii] son père, avant que ce dernier ne décidât de la scinder en deux, attribuant au satrape[7] Gobryas la Babylonie-Transeuphratène, tandis que lui, Cambyse, se voyait octroyer le titre d’Ustanu[8] des territoires nord…
A l’évocation du Pays fabuleux dont la légende, héritée d’un passé fort ancien, a marqué son esprit, le Shahinshah[9] sent son cœur battre un peu plus vite… Toujours présente en lui, l’image de son père lui insuffle sa force, le stimule et le pousse en avant.
C’est Cyrus qui l’a désigné de son vivant, lui Cambyse, pour lui succéder à la tête de l’Empire, évinçant Bardiya[iii], son fils aîné à qui il alloua la satrapie de Bactriane avec, en guise de compensation, le privilège de ne pas lui reverser tribut.
Ainsi, comme toujours, le choix du Grand Cyrus avait favorisé le puiné.
Mais l’aîné refusait d’accepter l’évidence. Et il refuserait jusqu’à son dernier souffle le fait que Cyrus lui préférât son frère Cambyse. Pourtant, il se soumit aux ordres de son père… Du moins en apparence. Car en réalité, il attendait son heure patiemment, comptant bien s’arroger le pouvoir par la force à la disparition de Cyrus.
Pressentant la menace, Cambyse réagit. Lorsque Cyrus le Grand, en défendant l’Empire contre les Massagètes, tomba en haute Asie[10], il sut désamorcer l’ambition de son frère en l’associant d’emblée à ses préparatifs d’une guerre en Egypte…
Car Cambyse avait de grands projets pour l’Empire que Cyrus, roi d’Anshan, ancien vassal des Mèdes[iv], avait édifié en devenant leur maître. Une fois unifiées la Perse et la Médie, vingt ans avaient suffi au Grand Cyrus pour s’emparer de Babylone[11].
La domination perse s’étendait désormais à l’est jusqu’à l’Indus, et à l’ouest jusqu’en Assyrie et en Lydie. Cambyse allait poursuivre son expansion vers l’ouest, s’emparer de l’Égypte, pousser jusqu’en Libye, descendre vers le sud, envahir la Nubie et même l’Éthiopie…
Ainsi, pendant quatre ans, Cambyse et Bardiya mirent soigneusement au point l’expédition. Enfin, quand ses armées furent prêtes, le Roi des Rois quitta en grande pompe Pasargades[12] sa capitale, s’affichant en tête du convoi avec son frère. En leur absence, l’échanson Patizeithès se voyait confier la gestion de la Maison du Roi, tandis que Dadarsi, proche de la famille royale, gouvernerait la satrapie de Bactriane en lieu et place de Bardiya.
Nul n’aurait soupçonné que la route de ce dernier n’irait pas au-delà de Suse, où Cambyse le fit proprement égorger dans son sommeil par son fidèle eunuque et confident Izabatès.
Mais il fallait que cette mort restât ignorée de tous jusqu’au retour victorieux du Grand Roi. D’ici là, il se serait passé des années. Qui douterait alors de la parole de Cambyse déplorant le trépas héroïque de son frère au combat ?
Le Roi conquit l’Egypte, captura le pharaon Psammétique III, puis l’exécuta et se fit introniser Pharaon[v] à Saïs, sous son nom de naissance de Kembetjet, complétant sa titulature des noms d’Horus Semataoui[13], Mesoutirê[14].
Après avoir placé la satrapie d’Egypte sous l’autorité d’Aryandès, un noble Perse, Cambyse continua sa progression vers l’ouest, vers la Cyrénaïque et la Libye qui se soumirent sans combattre. Tandis qu’il s’enfonçait avec ses troupes vers le sud et la Nubie, une armée de cinquante mille hommes partait de Thèbes vers l’Oasis de Siwa où Amon possédait un oracle.
 Mais le dieu égyptien ne permit pas un tel outrage. Déchaînant sa colère sur les Perses impies, il souleva une tempête qui les ensevelit sous un linceul de sable, ne laissant subsister de l’armée de Cambyse que des dunes anonymes, mamelons funéraires bosselant la surface aride du désert[vi]
A partir de ce jour, la vindicte d’Amon s’acharna sur le Roi, l’entraînant dans une spirale maléfique. En butte au refus de ses troupes phéniciennes de s’en prendre à Carthage par solidarité envers l’une de leurs anciennes colonies, repoussé par les habitants de Napata, royaume de Nubie où le clergé d’Amon était prépondérant, il battit en retraite et rentra à Saïs.
Là, il eut la surprise de trouver Prexaspès, le Porteur de Messages. Des événements graves s’étaient produits en Perse. Dépêché par les cinq chefs de clans[15] demeurés fidèles à leur Grand Roi, il lui fit son rapport :
- Je viens tout droit de Suse. Il y a quelques jours, un individu s’est présenté à la Cour en prétendant être ton frère Bardiya. Certains l’ont reconnu, d’autres non. Il faut dire que huit ans sont passés depuis votre départ. L’âge avait fait son œuvre et, de plus, l’homme avait les oreilles coupées ! Mais il s’est obstiné : il était Bardiya. Alléguant ta trop longue absence, les rumeurs d’exactions et de meurtres perpétrés en Egypte et ailleurs par tes troupes, le mécontentement grandissant des satrapes face au poids des tributs engloutis dans tes guerres et tes échecs cuisants, il a monté une partie de la noblesse contre toi. T’accusant de folie, arguant que tu représentais une menace pour l’Empire, il s’est embusqué avec ses partisans dans les contreforts du mont Zagros. Le quatorzième jour du mois de Viyakhna[16], ils ont attaqué et pris Pasargades. S’étant proclamé Roi le neuvième jour du mois de Garmapada[17], Bardiya a gagné à sa cause le peuple en lui promettant de l’exonérer d’impôts pendant trois ans…
Cambyse a accusé le coup.
Car il sait, lui, que le vrai Bardiya est mort depuis longtemps…


[1] Capitale du royaume de Saïs, constitué au VIIIème siècle avant J.C. par les grands chefs libous qui, en unifiant les nomes du delta occidental, ont donné naissance à la XXIVe dynastie de pharaons égyptiens.
[2] L’une des capitales de la Perse achéménide, avec Suse, Ecbatane et Babylone. Les Grands Rois achéménides avaient coutume de déplacer leur cour avec les saisons ou les rituels.
[3] Cambyse II, -529 / -522.
[4] Lame scythe.
[5] Udjahorresnet fut médecin-chef sous Cambyse, puis sous Darius. Il bénéficiera d’un grand prestige et conservera ses titres honorifiques égyptiens. Mais il n’occupera jamais de fonctions politiques réelles.
[6] Ou Gobryas, noble Perse dévoué à la cause de Cyrus, père de Mardonios.
[7] Satrapie, mot grec désignant une province vassale des Perses (« Pays » en persan), dirigée par un satrape. Un « Pays » regroupait des peuples, langues, religions et cultures différents. On estime à une vingtaine le nombre de satrapies sous Darius 1er.
[8] Appellation donnée au gouverneur de Babylone.
[9] Roi des Rois.
[10] En -529.
[11] En -539.
[12] En -525.
[13] Celui qui unit le Double Pays.
[14] Descendant de Rê.
[15] Au total, ils seront sept à se rebeller contre l’usurpateur : Intaphernes, Otanès fils de Pharnaspès et beau-père de Cambyse qui a épousé l’une de ses filles Phaidimè, Hydarnès, Mégabyze et Aspathinès, auxquels se joindront ensuite Darius, ancien porte-carquois de Cyrus et porte-lance de Cambyse, qui l’avait accompagné en Egypte, et Gobryas, gouverneur de Babylone et père de Mardonios.
[16] (Ou Viyaxna) : 11 mars -522 ou 9 mars -521.
[17] 1er juillet -522 ou 3 avril -521.


[i] A la prise de Babylone en -539, Cyrus installa son fils aîné Cambyse sur le trône de Babylone, à la place de Balthazar fils de Nabonide. Ce dernier fut nommé gouverneur d’une satrapie en Médie. Un an après, selon M. San Nicolo, Cyrus scinda la Babylonie en deux, afin de reprendre le contrôle sur des territoires riches et prospères, confiant à Cambyse la région nord de la Babylonie, entre Sippar et Babylone. Un certain Nabu-ahhet-bullit, (qui occupait sous Nabonide le poste de « sakin temi », le plus haut rang après le « sakin mati » ou gouverneur) se vit confier l’administration de la partie nord, la Babylonie-Transeuphratène, de -538 à -535. Mais Cyrus, soucieux de remettre sous sa coupe cette région prospère, créa alors la satrapie de Babylonie, et nomma à sa tête le Perse Gubru.
[ii] Cyrus II le Grand (-559 / -529), fondateur de l’Empire que Darius 1er qualifiera d’ « achéménide » en se référant à Achemenes, roi légendaire dont il aurait été issu par la branche cadette, pour asseoir sa légitimité sur l’Empire (Inscription de Behistun).
[iii] Concernant l’assassinat de Bardiya, la mort de Cambyse et l’usurpation du trône par Gaumata, sosie de Bardiya, les versions des Anciens diffèrent. Certains situent l’assassinat de Bardiya par Cambyse avant l’expédition d’Egypte, d’autres après. Hérodote place la mort de Cambyse en Syrie après qu’un messager envoyé par l’usurpateur l’eut informé du coup d’état. Mais Darius, Hérodote, Ctésias et Justin s’accordent sur trois points : le meurtre de son frère (Bardiya chez Darius, Smerdis chez Hérodote, Tanyorxarkès chez Ctésias, Mergis chez Justin) ordonné secrètement par Cambyse ; son remplacement par un mage (Gaumata chez Darius, Smerdis chez Hérodote, Sphendadatès chez Ctésias, Oropatès chez Justin) ; la ressemblance physique entre Gaumata l’usurpateur et Bardiya, frère de Cambyse.
[iv] A l’origine, les Perses et les Mèdes étaient divisés en tribus, elles-mêmes divisées en clans. On distinguait les tribus d’agriculteurs : Pasargades, Maraphiens, Maspiens, Panthaliens, Déronsiens, Germaniens, et les tribus nomades : Daens, Mardes, Dropiques, Sagartiens. Le clan des Hakhâmanich (Achemenes en grec) de la tribu des Pasargades, occupait tout le plateau iranien. Achemenes y fonda un royaume autonome. A la fin du VIIème siècle avant J.C. ce royaume était partagé entre les descendants de Téispès, fils d’Achemenes : Ariaramnès, l’aîné, régnait sur la Perse proprement dite (territoires situés entre Ispahan et Chiraz), tandis que l’Anshan, plus à l’ouest, était gouverné par son frère Cyrus 1er. Ces deux royaumes étaient vassaux des Mèdes. Le fils de Cyrus 1er, Cambyse 1er, épousa la fille d’Astyage, roi des Mèdes, qui était donc le grand-père de Cyrus II, fils de Cambyse 1er. 
[v] En -525, Cambyse II devient le premier pharaon de la XXVIIème dynastie, tout en conservant sa propre identité culturelle. Les pharaons achéménides règneront sur l’Egypte jusqu’en -404, date à laquelle Amyrtée chasse Darius II, et devient le premier pharaon de la XXVIIIème dynastie.
[vi] Selon Hérodote, l’armée de Cambyse aurait péri dans le désert en -525, dans une terrible tempête de sable. Les fouilles entreprises sur la route habituelle des caravanes restèrent infructueuses jusqu’en 1996, où deux archéologues italiens, les Castiglione, découvrirent une grotte près de l’oasis de Siwa, sur la route du sud. Ils émirent alors l’hypothèse que l’armée de Cambyse aurait pu s’y réfugier pendant la tempête. En 2002, la découverte d’ossements, de pointes de flèches perses et d’un mors de cheval datant de l’époque achéménide accréditèrent la thèse selon laquelle il s’agissait bien de l’armée perdue de Cambyse décrite par Hérodote. Pour l’instant, les reliques et les relevés géologiques sont à l’étude par les autorités égyptiennes.